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À La Rochelle Université, une étape symbolique vient d’être franchie : la soutenance de thèse d’Agustín Ramos Anzorena constitue la première thèse en recherche-création de l’établissement. Soutenue le 25 novembre 2025, cette thèse a été suivie, le 4 février 2026, par la remise officielle du diplôme, venant consacrer un parcours qui articule production de connaissances et expérimentation artistique, en faisant de la création non pas un simple « résultat », mais un véritable mode d’enquête.
La soutenance s’est tenue au Muséum d’Histoire naturelle de La Rochelle, devant un jury international composé de Mariela Yeregui (Rhode Island School of Design, États-Unis), Mariana Giordano (Instituto de Investigaciones Geohistóricas, Argentine), Miguel Almirón (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Sabine Forero-Mendoza (Université de Pau). La thèse est le résultat d’une co-direction entre Diego Jarak (laboratoire PoLiCÉMIES) et Jean-Christophe Burie (laboratoire L3i), illustrant un dialogue fécond entre sciences humaines, création et sciences du numérique.
Intitulée « Structures de navigation immersives pour l’exposition des archives d’Aimé Bonpland : dispositifs hybrides, médiation et patrimoine virtuel », la thèse explore les conditions contemporaines d’accès, de lecture et de mise en relation d’un corpus patrimonial exceptionnel. Bonpland, botaniste et compagnon de route d’Alexander von Humboldt, laisse derrière lui un ensemble d’écrits, d’images et de traces documentaires qui posent une question centrale : comment rendre ces archives à nouveau « habitables » aujourd’hui, sans les réduire à une vitrine savante, ni les figer dans un récit unique ?
À noter que l’œuvre issue de cette recherche, à un stade préliminaire, avait déjà été présentée au public en 2024, donnant à voir dès cette phase initiale les enjeux de médiation et de narration portés par le projet.
C’est précisément là que la recherche-création déploie sa force. Le travail doctoral s’appuie sur le développement d’un dispositif de navigation immersive et interactive des archives, pensé comme un espace de recherche autant que comme une forme de médiation. La démarche se construit par allers-retours permanents entre conception (prototypage, scénographie, design d’interaction, visualisation) et problématisation scientifique (histoire de l’art, muséologie, patrimoine numérique, théories de l’immersion et de l’interactivité). Autrement dit, la création ne vient pas illustrer la recherche, elle la met à l’épreuve, l’oblige à se reformuler, et produit des hypothèses « en acte ». Enfin, cette soutenance met en lumière le rôle moteur du laboratoire PoLiCÉMIES, engagé dans le développement de la recherche sur la médiation, les études culturelles, les imaginaires et le patrimoine à l’ère numérique. En affirmant la recherche-création comme un axe structurant, à la fois scientifique, pédagogique et expérimental, PoLiCÉMIES contribue à faire émerger à La Rochelle un écosystème où l’innovation méthodologique se construit au contact direct des œuvres, des dispositifs et des enjeux contemporains de transmission des savoirs.